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Europe > Hongrie > Márta Sebestyén & Muzsikás // Márta Sebestyén & Muzsikás
Théâtre de la Ville, décembre 2001M. S. : "Je crois que j'ai baigné dans la musique traditionnelle hongroise avant même de naître. Ça en fait rire certains, mais c'est vrai. Ma mère étudiait l'ethnomusicologie à l'Académie de musique de Budapest avec le grand maître Zoltan Kodaly. J'étais dans son ventre et j'entendais tout. Quand je suis née, j'avais en moi le virus de la musique traditionnelle. J'ai grandi en écoutant chanter ma mère, qui était aussi professeur de musique. La musique était partout autour de moi. L'amour de la musique fait partie de ma vie de tous les jours. C'est mon moyen de communication." "Quand j'avais cinq ans, mon père a rapporté un disque des Etats Unis qui m'a marqué : la musique des Indiens Navajos. C'est le point de départ de mon intérêt pour les multiples musiques traditionnelles du monde. Je trouvais cela passionnant et je cherchais à imiter toutes ces voix et ces sons." "Ma mère m'a beaucoup parlé de ses enregistrements de terrain. Au début des années 50, elle allait dans les villages enregistrer les anciens. A l'époque, il n'existait pas de matériel d'enregistrement sophistiqué comme aujourd'hui. Son travail consistait à mémoriser les mélodies des chansons et à les retranscrire très rapidement. Ces transcriptions et les photos des vieilles personnes qui chantaient me paraissaient un monde magique et j'ai toujours voulu faire pareil. Mais je n'avais jamais entendu un de ces villageois chanter avant d'avoir douze ans." "Cette année-là (1973), j'ai remporté le concours de chant traditionnel dans mon école et le premier prix était un disque d'enregistrements de musiques traditionnelles hongroises extrait des Archives de l'Académies des Arts. Je crois bien m'être évanouie à l'écoute de tant de beauté. Alors que tous mes condisciples étaient fous des Beatles et des Rolling Stones, j'étais folle des voix des vieilles Moldaves…" "J'ai ensuite découvert l'extrême richesse musicales des populations qui vivent dans le bassin des Carpates, où il existe des milliers de versions d'une même chanson, selon qu'on est au sud, à l'est, à l'ouest, dans les montagnes… C'était tout un monde à approcher. Il n'y a pas une seul façon d'interpréter une chanson, chacun y apporte sa propre touche créative, ajoutant quelque chose ici, autre chose là. La tradition est vivante. J'étais avide de rencontrer les gens dans leurs villages avec leurs traditions." "A dix huit ans, j'ai pu obtenir mon passeport et je suis aller en Roumanie, voir et écouter des villageois chanter à l'occasion d'un mariage en Transylvanie. Ce mariage a illuminé ma vie. Il a duré trois jours, du samedi matin au lundi. C'est assez éprouvant pour les musiciens, qui doivent servir la communauté trois jours durant alors que les invités peuvent aller se reposer." "J'y ai rencontré un vieil ethnomusicologue du centre de la Transylvanie. Il voulait tester les connaissances que j'avais acquises sur des bandes enregistrées à Budapest et il m'a convaincu de me lever pour chanter avec les musiciens locaux. J'étais très timide, mais après trois petits verres d'alcool de prune, j'ai eu le courage de chanter. On m'a enregistrée et cet enregistrement a failli être publié dans les archives sonores de Transylvanie, comme si j'étais une chanteuse du cru… C'était un grand compliment pour moi. Les musiciens du mariage ont trouvé que c'était très bien chanté, précisant : "ces femmes du village d'à côté sont de bonnes chanteuse !" Ils ne voulaient pas croire que je venais de Budapest." "Très attirée par les arts visuels, j'ai entrepris des études à l'institut des Beaux Arts, mais je me suis aperçu que je ne pouvais pas mener de front deux activités artistiques. J'ai donc abandonné les arts plastiques pour me consacrer à la scène avec l'ensemble Sebo." "En 1980, j'ai rejoint Muzsikas. Je connaissais les musiciens depuis longtemps. Nous avons démarré à peu près en même temps au début des années 70. Nous partageons la même passion. Ils ne visaient pas une carrière à succès, mais ils jouaient cette musique d'abord pour leur plaisir. C'est très important dans les musiques traditionnelles. Un musicien classique peut jouer une symphonie en s'ennuyant, un musicien traditionnel doit communiquer sa passion." "C'est le compositeur Karoly Cserepes qui m'a fait faire mes premières expériences avec des instruments électroniques (des enregistrements de 1984, 1985 et 1989 sont réunis dans l'album Apocrypha). Quand il me l'a proposé, j'étais très réticente à l'idée du mélange des synthétiseurs avec la musique traditionnelle. A l'époque, c'était très révolutionnaire, mais je n'étais pas convaincue. Ensuite, je me suis aperçue que ma voix et ma façon de chanter pouvait être utilisés de manières très différentes et fournir à d'autres un accès à nos traditions. Depuis, Deep Forest à travaillé à partir de mon chant et je n'ai aucun regret d'avoir accepté. Tant que la musique est bonne, je dis oui." "Je crois que mon rôle est de créer des passerelles entre la musique traditionnelle et le jeune public ou un public nouveau, en espérant que la rencontre ait lieu. Je sers de lien entre les deux." Les collaborations qui vous ont le plus marquée "En 25 ou 30 ans, j'ai rencontré tellement de grand musiciens ou chanteurs, qu'il est difficile de dire celui qui m'a le plus marqué. Chaque expérience m'a apporté beaucoup. Plus on apprend et plus on comprend que l'on ne connaît rien. La vie, c'est apprendre, apprendre et apprendre…" Ce qui vous touche vraiment "Parfois, quand j'entends une musique qui vient du fond de l'Orient, du Tibet par exemple, j'ai le sentiment profond de connaître ce genre de sensation. Je me rends compte que ces cultures ont beaucoup plus de choses en commun que d'éléments qui nous les font paraître différentes. On n'a pas besoin de comprendre la langue pour saisir le message de cette musique. Pour moi, c'est la clé des musiques populaires traditionnelles : elles vous vont droit au cœur." The Bartok Album "Notre intention en enregistrant The Bartok Album était de faire comprendre ce qui rend si extraordinaire le travail du grand compositeur qu'était Bela Bartok. Né dans une famille citadine de classe moyenne, il n'avait jamais entendu de musique traditionnelle à Budapest et ne connaissait pas la campagne avant cette rencontre avec le chant d'une petite paysanne qui transforma totalement sa vie. A partir de son travail de collectage des musiques traditionnelles, il a créé l'une des plus fascinantes musiques du XXe siècle. Alors que cette expérience a été tellement extraordinaire pour lui, nous voulions montrer qu'elle pouvait l'être également pour nous." Projets "Mère de deux enfants, je voudrais exprimer ces sentiments dans un album… J'ai chanté avec de très nombreux groupes et récemment avec un ensemble basque espagnol." François Bensignor // LIRE AUSSI
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